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Un p'tit coin d'parapluie…..

Une fille en sandales sous la pluie, un camion qui passe, s'arrête, redémarre…

1) ….Et nous voilà partis vers toutes sortes d'horizons :

  •                 Souvent en France : dans la région parisienne, dans la Drôme (près de Luc-en-Diois), en Bretagne (Trouennec), sur une route des Alpes conduisant à St Jean de Maurienne, dans les Pyrénées, dans les Cévennes.

  •                 Nous sommes allés jusqu'en Afrique : Congo, Sénégal, Zimbabwe, et aussi à Cayenne et Macapa, et même au Mexique, quelque part entre Panama et Vera Cruz.

Nous pouvons vous l'avouer aujourd'hui, la photo a été prise à Cuba... mais peu importe….

2) Et ce camion qui circulait sans cesse, au sortir d'une carrière, ou d'un chantier, sur la route de la déchetterie, ou au retour de l'usine, nous en connaissons chaque bringuebalement, chaque grincement :
" Ses pneus font un bruit de succion mouillé sur le goudron " (Valse lente)

Accroché sur la plate-forme arrière, un sac blanc, informe.
Savez-vous ce qu'il contenait  et ce qui gonflait ainsi sa toile? Vous allez être surpris :

  •                 une vieille paire de chaussettes de laine
  •                 la partition de L'homme de la Mancha, de Brel, assortie d'une paire de maracas, d'un petit tambourin basque, et d'un harmonica
  •                 M. Paddington, le vieil ours en peluche
  •                 quelques tendeurs
  •                 des mites et des termites
  •                 et les douleurs de toute une vie…

Quant au sac à dos de notre voyageuse, il servit au transport d'un violon, d'une guitare (une Ibanez !), d'un pique-nique, d'une tenue de travail imprégnée de calcaire, de linge de rechange et de sous-vêtements, et, plus surprenant, d'une myriade d'insectes, scorpions, araignées et puces, sans compter les serpents !

3) J'en reviens donc à notre voyageuse, qui fut parfois la narratrice.

Plusieurs s'appelaient Marie, parmi elles la mère adoptive de Lucas, le petit coréen, " notre enfant né du ventre d'un avion ", d'autres avaient pour nom Mélissa, Marie-Haude, " avec son ombrelle, ses tongs, ses fringues de safari ", Abigaël, " si frêle, si fragile ",ou Emmy….

Ce fut alors l'occasion de très jolis portraits, tout en finesse, de notre héroïne, auto-stoppeuse ou autre voyageuse :

" Je la détaillai, émoustillé dans mon rôle de voyeur ; sa nuque dégagée au hâle discret, rehaussé d'un chignon défait ; ses bras nus tenant fermement son ombrelle, les chevilles ruisselantes de cette infatigable ondée" (Umbrella)

Parfois ce fut un peu plus grivois et gentiment moqueur.
Ecoutez ce dialogue entre deux camionneurs l'observant par la vitre arrière :

" Dis donc, y a une gonzesse derrière au bord de la route. Elle est toujours là à poireauter… Elle est peut-être timide.
  • Ah oui, comment tu vois ça ?
  • A cause du parapluie et du corsage, ils sont dans les mêmes tons, pour faire joli.
  • Ca prouve qu'elle est coquette, pas timide (….)
  • Je me demande ce qu'elle porte dans son sac, vu qu'elle a même pas sorti un pull !
  • C'est peut-être des bouteilles, enfin un truc pour son pote. De la vodka par exemple…. " (Dialogue dans le camion)

4)  Elle, la petite voyageuse, c'était, bien sûr, notre protagoniste, mais il y eut aussi d'autres narrateurs ou personnages bien campés : un écrivain auteur de polars, un détective privé, un ingénieur des Télécom, et Henri, surnommé " Jamais non " ou " Bonne poire ", qui se fait  piquer ses chaussures, Edith, petite fille de 10 ans, et Chloé…

Et quelques-uns étaient vraiment très hauts en couleurs : tonton Norbert, l'oncle égrillard au ventre rebondi qui eut un vilain geste envers sa petite nièce étudiante, Juan et Diego, son ami de toujours, et sa belle cousine venue de France.

A noter que vous avez bien aimé le prénom " Lucas ", qui revient dans plusieurs nouvelles.

Là encore, quelques très beaux portraits : celui de cette mère si dure et inflexible que retrouve sa fille après plusieurs années :
" Soudain, elle l'aperçoit sur le pas de la porte. Elle a vieilli. Elle la scrute avec insistance, toujours cette raideur, ce regard de rapace à peine atténué par sa couronne de cheveux blanc coton, pas de trace de bienveillance. (….) Une vieille femme usée par la vie et la solitude " (Valse lente)

Et puis, plus tonique et plus positive, cette image d'un père salvateur : " Le super héros de son enfance, qui ne dormait que d'un œil,  était revenu à temps pour, cette fois encore, l'emmener loin du danger " (Nos vertes années)

5) Aux côtés de notre héroïne, nous nous sommes bien fait mouiller, et pourtant il ne faisait pas froid…Chaude et humide, c'est ainsi que nous pourrions qualifier l'atmosphère, et je vous laisse la parole :

" La chaleur, poisseuse, accablante, écrasait les vitres et semblait vouloir comprimer l'habitacle " (Dans le rétroviseur)
" Une pluie fine et tenace masquait le paysage…une pluie insipide, un suaire aqueux épais qui recouvre tout, abat le moral et ronge les nerfs…Une pluie diluvienne et poisseuse " (Umbrella)
" L'atmosphère transpirait l'Amazonie avec ses poumons pleins d'air humide " (Un moment d'égarement)
" Un ciel gris bleu sali par un orage qui se retient encore un peu d'exploser plombait l'atmosphère " (Sarah)
"  Le ciel commence doucement à s'éclaircir..  l'arc en ciel n'est pas loin " (Ce cher Brassens)

6) Alors, dans cette chaude humidité, dans cette tiédeur moite, toutes sortes d'histoires, bien sûr, toutes sortes de récits ; je vous les donne, en vrac :

  • des retours en arrière (l'enfance de Lucas dans Un jour peut-être), ou un retour mystérieux dans le passé (Le voyage de l'ombre)
  • à l'inverse, une projection dans un futur meilleur (Remise de peine)
  • un troc-musique
  • un don d'organe
  • une filature
  • des suppositions devant une photo retrouvée (Un oubli ?)
  • un écrivain rattrapé par l'actualité, ou, quand la réalité dépasse la fiction (Un tueur de papier)
  • la découverte d'un monde détruit, " cette ville dont personne ne parlait jamais au village " (Toujours la même histoire)
  • quelques dialogues drôles et toniques (En apparence seulement ou Dialogue dans le camion)
  • une attente interminable sur une aire de repos
  • un jeu de questions
  • une course poursuite suivie d'un dédoublement de personnalité, et, finalement, un suicide
  • une vengeance, un règlement de comptes entre voisins
  • le récit d'un amour d'enfance
  • un interrogatoire
  • un délire paranoïaque en plein CRTC (Centre de recherches et traitements chimiques)

Ce fut extrêmement varié…

7)  Dans une nouvelle, on attend  la chute, et c'est elle, souvent, qui nous séduit ou nous rebute…Les chutes furent de toutes sortes, et je n'en citerai que quelques-unes :

  • l'accident d'avion où Lucas trouve la mort
  • l'évasion de Miguel, et sa capture
  • l'accident sur la route et la mère tuée, à peine retrouvée
  • l'attentat sur la base de Kourou
  • un suicide
  • la disparition d'une empreinte ADN

Bien tragique, tout cela…. Quelques dénouements, pourtant, redonnent espoir :

  • ce réveil qui vous tire, en sueur, d'un cauchemar plus vrai que nature
  • et l'apparition de Marie revenue à la vie

J'ai gardé pour la fin la chute qui, tout de même, évoque un ''p'tit coin d'paradis'' : l'auto stoppeuse est descendue. Le camion redémarre. Chacun regrette déjà de n'avoir pas donné suite à cette rencontre :

" Il appuie brutalement sur les freins, stoppant net le camion qui s'immobilise dans un fracas de ferraille. Alertée par le bruit, elle tourne la tête. Un instant, elle semble hésiter, et puis non, la voilà qui marche dans sa direction, qui se met à courir. (…) Elle a jeté son parapluie dans le fossé. L'averse a cessé. Il fait à nouveau un soleil resplendissant. La réverbération dans le rétroviseur l'éblouit et l'oblige un court instant à fermer les yeux. Il ne voit pas encore son visage, mais il sait qu'elle lui sourit " (Dans le rétroviseur)

8) Et de beaux, de très beaux  moments, il y en eut :

  • évocations, toujours, du moment magique du coup de foudre,  dans Remise de peine
" Ca avait été le coup de foudre. Absolu. Il en était resté figé de stupeur. Incapable de bouger son grand corps de sportif. Les mots bloqués au fond de sa gorge de beau parleur. Anéanti. Lessivé. Nul. "

  •   et puis de bien belles évocations de l'état amoureux : " Avec elle, le temps se rythme différemment ; les journées de travail sont interminables ; les soirées trop courtes ; les nuits plus étoilées… " (Deylia)

  • et tous ces instants de bonheur :
" Un matin de la mi février, un de ces matins où, dès le réveil, on sent que tout va bien, un de ces matins où même le café est meilleur que d'habitude ! il y a des jours où, subitement, sans raison apparente, le bonheur de respirer s'installe au creux de notre ventre pour quelques heures, quelques minutes…. " (Deylia)

"  Léa avait tous les jours devant elle l'exemple du bonheur qui coule doucement, régulièrement, sans trop de lumière, le bonheur tout simple " (Vie de sac)

" La vie…peut-être n'est-elle qu'une addition infinie, constante, de petits bonheurs… " (L'attente)

"  Deux bières bien fraîches…C'était peut-être ça tout simplement le bonheur, une bonne mousse face à la mer au coucher du soleil "  (Inch' Allah)

Plein  " d'instants magiques ", donc, où l'on a envie de dire " Arrêt sur image ! "

9 ) Le bonheur,  thème porteur donc….

D'autres thèmes aussi furent traités, reflets de préoccupations et de problèmes contemporains, mais aussi éternels :

  • celui du tourisme en pays sous-développés : "  des villages dévastés par la pluie, la misère, le colonialisme. Aucun touriste ne semblait s'attarder ici alors que nous autres, toubabs nababs que nous étions, nous nous entassions dans des résidences somptueuses pour blancs becs en mal d'exotisme " (Inch Allah)
Face à cela, cette question : " Où est la vraie vie ? "

  •                 celui de la création littéraire et de la force de l'écriture : " A force d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver " (Un tueur de papier)

  • thème aussi du paradis et de l'amour perdus, douleur de la séparation et du manque (Un jour peut-être)

  • et puis cette leçon : il faut absolument se méfier des apparences.
" Incroyable ce chauffeur qui, des heures durant, lui a parlé de Bach et de ses concertos. Se méfier des caricatures. Toujours " (Valse lente)
comme si un chauffeur de poids lourd ne pouvait pas être " poète et esthète "…
Et aussi, dans  En apparence seulement : " les choses ne sont jamais ce qu'elles semblent être "

Variété des lieux, des personnages, des récits et des chutes, moiteur ambiante, beauté des moments et des thèmes, tout cela, en revanche, est une réalité, et justifie le plaisir que nous avons eu à vous lire.
Bravo à tous !


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